Nouvelles variétés rhodaniennes, tolérantes aux maladies : une nouvelle étape est franchie

Modifié le 31/03/2025

Pour répondre aux enjeux environnementaux et climatiques, de nouvelles variétés tolérantes aux maladies sont en cours de sélection en Vallée du Rhône. Parmi les 50 premières variétés plantées en 2019, 3 variétés passent en phase de sélection suivante

Nouvelles variétés rhodaniennes,  tolérantes aux maladies :  une nouvelle étape est franchie







Un projet porté par la profession

Afin de disposer de variétés tolérantes aux maladies et proches de nos cépages emblématiques de la Vallée du Rhône, Inter Rhône a initié en 2016 avec l’INRAE et l’IFV un programme de croisements par hybridation naturelle entre le Grenache ou la Syrah et des variétés tolérantes au mildiou et à l’oïdium.

Un projet au long cours

Le temps de la sélection variétale est toujours long, d’autant plus pour les vignes : il faut attendre 2 ans pour avoir des plants greffés, 3 ans pour la mise en production, puis 3 millésimes d’observations minimum avant de confirmer ou éliminer des variétés. Ajoutons le temps de vinifier, élever et déguster le vin, et il faut une dizaine d’années pour sélectionner des variétés de vignes intéressantes ! (voir encart)

La sélection de variétés de vigne se fait traditionnellement en deux étapes au vignoble : la première étape est une phase de sélection uniquement agronomique, car il n’y a que cinq ceps par variété. Pour la seconde étape, les variétés sont multipliées afin de pouvoir les observer sur deux parcelles différentes, en nombre suffisant pour permettre la vinification et l’analyse sensorielle des vins obtenus.

La première phase de sélection agronomique

À l’issue des croisements, on part d’un pépin de raisin germé, et on sélectionne les plantules qui présentent les gènes de résistance aux maladies. Ces plantules sont ensuite cultivées en pot, puis regreffées : le nombre de ceps obtenus par variété n’est que de 5 ceps !

Une parcelle de plus de 230 variétés à observer a ainsi été plantée à Piolenc sur le domaine expérimental de la Chambre d’Agriculture du Vaucluse à partir de 2019. Le suivi du dispositif est assuré par l’Institut Rhodanien.

Le faible nombre de ceps par variété ne permet pas d’observer des comportements viticoles à grande échelle ou sur plusieurs types de sols. Cette phase de sélection au champ est un premier tri : de nombreux caractères viticoles sont observés tels que la bonne tolérance aux maladies, le port du feuillage, le comportement en situation de stress hydrique, la précocité (au débourrement et à la récolte), la quantité de raisin produite, le potentiel œnologique des raisins… Lorsque cela était possible (quantité de raisin suffisante et aptitudes intéressantes), des micro-vinifications en mini-fûts de 10L ont également été réalisées en cave expérimentale.

L’objectif est de sélectionner, à l’issue de 3 millésimes d’observation, les meilleures variétés candidates pour l’étape de sélection suivante. Un peu moins de 10% des variétés seront retenues à l’issue de cette étape.

Comment sélectionner les variétés qui correspondent aux attentes de la Vallée du Rhône ?

Les professionnels sont partie prenante de la sélection et ont été sollicités pour décrire leur variété « idéale » afin de sélectionner la ou les variétés qui s’en approchent le plus. Lors d’ateliers de réflexion, plus d’une quinzaine de professionnels (vignerons, négociants, techniciens viti, œnologues, consultants…) ont été amenés à discuter pour hiérarchiser les variables de sélection. Car la variété de vigne parfaite n’existe pas ! Nous n’avons pas sous la main la vigne résistante aux maladies, tardive, tolérante au stress hydrique, avec un rendement adapté aux cahiers des charges, de façon régulière, poussant bien droit, avec des grappes pas trop compactes ni trop lâches, qui ne coulent pas… Il faut donc voir quels critères pèsent le plus dans la balance de la sélection.

Le meilleur compromis pour distinguer les variétés qui s’approchent le plus de l’idéal vallée du Rhône - tout en acceptant quelques points faibles - est l’attribution d’une note, sur 100 points. Cette note est la somme des sous-notes par grandes catégories de critères : la phénologie (précocité ou tardiveté), la tolérance au stress hydrique, la production (rendement : quantité et régularité), les aptitudes viticoles (coulure, flétrissement, etc), les aptitudes œnologiques et les maladies (notamment le black-rot : car ces variétés peuvent y être sensibles même si par ailleurs elles résistent bien au mildiou et à l’oïdium). Ces grandes catégories ont été pondérées lors des ateliers de sélection (voir photo).


Lors des ateliers de sélection, les professionnels devaient voter pour les critères qui leur semblaient les plus importants.

Cette méthode de sélection est couplée en parallèle avec la définition de critères rédhibitoires. Ceux-ci ont permis d’exclure les variétés présentant des défauts majeurs tels que : une sensibilité très importante à la coulure, une précocité extrême, des raisins qui flétrissent en période de maturation, un aspect viticole chétif avec un port trop buissonnant, etc.

Pour produire quel type de vin ?

Les profils de vins sont multiples en vallée du Rhône, à l’image de la diversité de nos terroirs et des potentialités de nos nombreux cépages. Et lorsque l’on sélectionne une variété de vigne, les caractéristiques attendues ne sont pas forcément les mêmes selon que l’on souhaite produire du vin rouge plutôt corsé et structuré, du vin rouge fruité, du rosé, ou du blanc. Certains sous-critères de la « note sur 100 » sont donc pondérés différemment en fonction du profil de vin (voir schéma). Par exemple, lorsque l’on considère la taille des baies et l’acidité du raisin, on ne recherche pas les mêmes caractéristiques pour du vin corsé et structuré, que pour du rosé. Pour du rosé, on valorisera plutôt les grosses baies permettant un bon rendement en jus au pressurage, ainsi qu’une plus forte acidité.

Une note de sélection sur 100 points a été attribuée à chaque variété observée. Les critères recherchés peuvent différer selon le profil de vin recherché.

Résistance ou tolérance ?

Les variétés observées confirment leur résistance au mildiou et à l’oïdium sur les six années d’observation. Notons qu’il s’agit en fait d’une tolérance au mildiou car le parasite peut pénétrer dans la plante, mais il est bloqué par des mécanismes de défense efficaces et ne peut pas s’y développer. En cas de forte pression du mildiou, on observe sur les feuilles de petites nécroses brunes (voir photo). En revanche, notons que certaines de ces variétés peuvent présenter une sensibilité au black-rot.

Photo : en fin de saison, on observe sur les feuilles des variétés tolérantes de petites nécroses brunes, aux endroits où le mildiou a tenté de pénétrer dans les cellules de la feuille.

Sélection pour l’étape suivante

Nous avons étudié de plus près les caractéristiques des 6 variétés qui ont obtenu les meilleures notes. Chacune d’entre elles avait « un petit quelque chose en plus » qui la distinguait des 50 variétés initialement étudiées, pour arriver dans le peloton de tête. À l’issue de discussions avec des représentants de la profession, ont finalement été retenues :

  • Une première variété, de parent Grenache, qui obtient de bonnes notes sur tous les critères notamment la tolérance au stress hydrique. Son débourrement est moyen, son rendement correspond aux cahiers des charges AOP et elle produit de belles grappes sans coulure. Baies de taille moyenne et vins très colorés, aromatiques et structurés, sans être astringents.
  • Une seconde variété de parent Syrah, qui a des baies plutôt grosses ne flétrissant pas, des grappes pas trop compactes, et qui est plutôt tardive à la récolte (le chargement en sucres est plus lent que la moyenne). Les raisins sont colorés et l’acidité est moyenne.
  • Enfin une troisième variété, qui a de bons rendements, et surtout une très bonne acidité. Les baies sont de taille moyenne et les grappes assez petites, mais nombreuses. Cette base acide pourrait s’avérer un bon outil d’assemblage pour l’équilibre de nos vins.

Finalement, chacune de ces trois variétés répond à sa manière à des problématiques liées au changement climatique : une tardive, une tolérante au stress hydrique, et une acide. Et, rappelons-le, ces trois variétés sont tolérantes au mildiou et résistantes à l’oïdium !

Les trois variétés sélectionnées : saurez-vous reconnaître celle à parent Grenache ?

À partir de 2026 : dernière phase de sélection, avec vinifications

Ces 3 variétés sélectionnées sont en cours de greffage. Elles devront être replantées en 2026 sur 2 parcelles différentes, avec au moins 90 ceps de chaque. Ce dispositif d’observation est bien cadré par les règles permettant l’inscription d’une nouvelle variété au catalogue des cépages de France. Le plus grand nombre de ceps et les deux parcelles en contextes pédoclimatiques différents permettront d’affiner la sélection : observations viticoles plus poussées, vinifications et caractérisation des vins.

Dans les années à venir ces variétés devraient être rejointes par d’autres candidates retenues, issues des sélections menées sur les vignes plantées de façon décalée sur la parcelle d’observation initiale.

D’ici une dizaine d’années, la viticulture de la vallée du Rhône disposera de variétés tolérantes au mildiou et à l’oïdium, répondant aux enjeux climatiques, avec un profil œnologique intéressant.

Recherche parcelle

Recherche parcelle à surgreffer pour tester de nouveaux cépages, résistants aux maladies et sélectionnés pour la vallée du Rhône. Cette parcelle doit avoir entre 10 et 15 ans, être homogène et faire au moins 1500 ceps. L’étude de ces cépages durera environ 8 ans, greffage prévu en 2026.